A bientôt 25 ans, la chanteuse sort « Lunatique », son troisième album. La première gagnante de la « Star Academy », au succès commercial déjà établi, s'émancipe un peu plus avec ce disque réussi qui explore de nouveaux univers.
Les à priori ont la vie dure. Surtout ceux qui consistent à penser que la téléréalité produit seulement des artistes à la fois jetables, inconsistants et sans avenir. Snobisme finalement mal placé que celui-ci à l'écoute de «Lunatique», le nouvel album de Jenifer.
Lauréate de la première édition de la «Star Academy», cette jeune femme pourrait bien être à l'aube de se forger une place à part, située quelque part entre une Vanessa Paradis dégagée de ses fripes hollywoodiennes et l'efficacité variétés-pop d'une Britannique telle Lilly Allen. «Je me fous complètement de l'image qu'on me colle, assure-t-elle. J'aimerais juste ne pas être connue seulement pour mon image, mais aussi pour ma musique.» Un credo certes partagé par tous les artistes issus de ce type de jeux, mais qui sied parfaitement à Jenifer Bartoli, 25 ans le 15 novembre prochain.
Dans son genre, cette Niçoise d'origine corse est une pionnière. La première, en fait, à s'être frottée à cette surmédiatisation façon TF 1, personnalité carbonisée sous les projecteurs des caméras à longueurs de «prime», de quotidiennes, de château et de curiosités en tout genre dues à son statut. «Ça fait sept ans, soupire-t-elle. J'assume tout et même plus. Mais je pense que le public a su comme moi aller au-delà de tout ça.»
« En grandissant, je me suis trouvée »
Il n'empêche : le cas Jenifer ne lasse pas d'intriguer et sa musique de séduire le très grand public. Avec l'inaugural «Au soleil» en 2002, aux contours pop sucrés, puis l'un peu plus rugueux «Ma révolution», deux ans plus tard, sa variété vendue par centaines de milliers d'exemplaires a su se faire enjôleuse et même parfois lumineuse. Même si elle avoue n'avoir eu, jusqu'ici, qu'un contrôle - volontairement - limité sur son travail : «J'ai passé mon adolescence à chanter des reprises dans les bals, les bars, les restaurants. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire même si, je le répète, j'assume tout. Je ne suis pas musicienne et je ne savais pas ce qui me correspondait. En grandissant, je me suis trouvée.» Pour cet album, elle y a été aidée par son compagnon, Maxim Nucci, père de son fils Aaron et musicien toujours en devenir. «Avant même que l'on soit un couple, je l'admirais en tant qu'artiste. Je lui ai demandé de me faire un album parce que je suis fan de son travail. En fait, ça m'amusait d'être sa muse.»
Passé l'écueil à la fois quelque peu nunuche et éminemment people de cette collaboration, le résultat est là, raisonnablement formaté et tout à fait au niveau des bonnes productions pop du moment. Par la même occasion, la photogénique Jenifer se détache quelque peu, grâce à ce CD, des attentes de son public supposé (gamins et gamines scotchés à la télévision...). Quitte à surprendre : «C'est vrai que je propose autre chose et que ça peut être une surprise désagréable pour certains. Je ne calcule pas les risques. J'ai juste envie de me sentir à l'aise avec la musique que je défends. De toute manière, je m'attends toujours au pire pour mieux retomber sur mes pattes.»